Sultana Razon, 94 ans, a rencontré son futur mari dans un laboratoire de l’Institut national du cancer. Pendant des années, elle n’a pas parlé de son internement (survenu à l’âge de 9 ans, dans le camp où est morte Anne Frank) : de retour chez elle, elle a décidé d’étudier la médecine pour soulager les souffrances des enfants.
Sultana Razon, veuve d’Umberto Veronesi, est décédée aujourd’hui, jeudi 11 juin : elle avait 94 ans. C’est l’histoire de sa vie écrite par Vera Martinella.
Elle est née à Milan en 1932 dans une famille juive d’origine turque et à seulement 9 ans, pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est déportée dans un camp de concentration : d’abord à Ferramonti di Tarsia, dans la province de Cosenza, puis à Bergen-Belsen, en Allemagne.
Sultana Razon, épouse de l’oncologue Umberto Veronesi décédé en 2016, n’a pas raconté son histoire pendant de nombreuses années, ce qui lui a cependant valu l’Ambrogino d’or de la municipalité de Milan. L’honneur tant convoité lui a été décerné en 2019 pour son « exemple féminin de ténacité et de vie : malgré le mal connu, elle est généreuse et altruiste – lit-on dans les motifs de la reconnaissance milanaise -. Décisif dans l’ouverture de services de pédiatrie dans diverses institutions milanaises, il a combiné un travail assidu dans le service avec une recherche inlassable sur les maladies infantiles.
Ce n’est qu’à sa retraite que Susy (comme on l’appelait dans la famille) a décidé de parler dans les écoles de sa Shoah personnelle, de son emprisonnement en Turquie ainsi que des camps de concentration, sans s’épargner l’effort de revivre, à chaque histoire, la peur, la faim et la violence.
Lorsqu’elle a quitté le camp de concentration (le même où est morte Anne Frank), elle a apporté avec elle le désir d’obtenir un diplôme de médecine et de se spécialiser en pédiatrie pour pouvoir soulager les souffrances des enfants.
De retour à Milan avec ce qui restait de sa famille, elle avait surmonté avec détermination la pauvreté et les obstacles et, après avoir récupéré ses années scolaires, elle s’était inscrite au lycée puis à l’université, atteignant obstinément son objectif : obtenir un diplôme avec les meilleures notes.
Pendant plus de 40 ans, il a exercé la profession de pédiatre, consacrant sa vie professionnelle à l’étude et à la lutte contre les cancers infantiles.
C’est dans un laboratoire de l’Institut national du cancer de la Via Venezian qu’elle rencontre son ancien collègue, avant de devenir l’homme de sa vie et le père de ses six enfants, Umberto Veronesi.
Toujours aux prises avec la famille, la recherche scientifique et les services d’hôpital, Sultana a également dû faire face, dans les années 1980, à deux tumeurs, celle du sein et de l’utérus. En 2013, il publie son autobiographie : « Le cœur, s’il pouvait penser. Une histoire d’amour, de recherche et de combats. »
Depuis des années, il participe également activement, en tant que membre du Conseil d’Administration, aux travaux de la Fondation Umberto Veronesi, en suivant de près les projets de recherche scientifique et, en particulier, ceux dédiés aux cancers pédiatriques.
La famille Veronesi, émue par cette affectueuse participation, annonce que les funérailles auront lieu le dimanche 14 juin à 10h30 au cimetière juif de Musocco.
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