L’origine du phénomène a des racines différentes selon les contextes historiques et culturels
«Le monde est sauvé avec des vaccins, prévenant les maladiesdit Albert Sabin. Trente ans après une campagne de vaccination qui a atteint des taux de vaccination très élevés, elle a permis aux taux de mortalité et d’hospitalisation pour Covid de s’effondrer. L’immunité hybride généralisée, résultat d’un vaccin et d’une infection naturelle, nous a permis de sortir de la phase aiguë de l’urgence. Pourtant, la confiance dans le vaccin semble avoir diminué par rapport à il y a quelques années. Une enquête menée par The European House-Ambrosetti en collaboration avec SWG montre que seuls 76% des citoyens interrogés sont d’accord avec l’expression « les vaccins sont un outil sûr et efficace pour lutter contre les maladies infectieuses ». Un an plus tôt, 92 % des répondants étaient d’accord. La question de la confiance dans la vaccination est au cœur de tout acteur de la prévention. Cependant, ce serait une erreur de le considérer comme un problème de notre temps.
En effet, on peut dire que la réticence à la vaccination survient en même temps que la vaccinationen raison d’un mélange de fausses nouvelles ante litterammauvaise communication, scepticisme et aussi accidents survenus dus à des lots défectueux des tout premiers vaccins distribués au XIXe siècle, moins sûrs que les actuels. Mais c’est dans la seconde moitié du siècle dernier que le phénomène d’hésitation vaccinale commence à prendre des dimensions inquiétantes. Cela s’est produit paradoxalement en même temps que les vaccins ont permis d’éradiquer des maladies comme la variolelimitant largement la diffusion d’autres comme rougeole et poliomyélite. Jusqu’à l’absurde Affaire Wakefield (1998), du nom du médecin (par la suite radié du barreau) qui a diffusé de fausses informations sur l’association entre vaccin trivalent et autisme. Il s’est avéré plus tard que le même avait récemment breveté un vaccin monovalent contre la rougeolemais le mal était déjà fait : la résonance globale de l’histoire a eu des effets durables, qui se reflètent encore dans la conscience collective.
Certains groupes sociaux sont plus susceptibles de développer une réticence à la vaccination. Les études sur le sujet examinent plusieurs catégories, mais il existe un dénominateur commun : un manque de confiance dans les autorités, dans l’Etat, dans la société, considérée de plus en plus « tiers », autre qu’elle-même. L’origine de cette méfiance a des racines différentes selon les contextes historiques et culturels. Cette perception n’est pas inévitable, mais risque d’être alimentée par des campagnes de communication maladroites et contradictoires, comme cela s’est parfois produit en ces années de pandémie. Ce qui nous intéresse maintenant, ce n’est pas de traiter avec la bruyante minorité contre le vaccin, mais regagner la confiance des indécis, réaffirmant, comme Sabin en 91, que le vaccin est un outil stratégique. D’autant plus aujourd’hui que nous disposons de technologies innovantes.
* Directeur général de l’Institut national des maladies infectieuses Spallanzani, Rome
