Ils peuvent aider les malades mais aussi leur nuire profondément

Même le monde médical le sait violence. La nouvelle nous rapporte attaques continues contre le personnel de santé, des cliniques aux urgences. une dérive indicible sans légitimité, reflet des tensions sociales, des inégalités, de l’individualisme et du retard culturel. Mais même au sein des établissements de santé, la violence se propage, de manière moins sensationnelle, mais tout aussi susceptible de blesser. L’un d’eux est la langue : ici les mots peuvent devenir des couteaux et nuire à la relation avec ceux qui souffrent. Ce type de violence, dont les agents de santé eux-mêmes n’ont pas toujours conscience, peut prendre trois formes.

Métaphorique. Il utilise des images et des symboles qui rappellent la force et l’agressivité : guerre, conflit armé, attaque, extraterrestre à détruire, conflit entre cellules et tissus. Ce glissement métaphorique concerne souvent le cancer. Mais de cette manière, les composantes biologiques de la maladie sont mises en avant et les composantes affligeantes, psychologiques, sociales et existentielles sont ignorées. La maladie organique est une chose, se sentir malade en est une autre.. Si l’utilisation de ce langage métaphorique peut inciter le malade à reprendre des forces et à s’engager à suivre scrupuleusement le plan de traitement, l’idée d’avoir un ennemi à l’intérieur et de devoir endosser le rôle d’un guerrier peut générer de douloureux sentiments de culpabilité pour ne pas me sentir digne. Mais cela alimente aussi l’anxiété et la peur, au point de donner naissance à la pensée annihilante que si l’ennemi est si fort, alors je ne peux pas le faire, autant laisser tomber.

Tacite. Il s’agit de la réticence du médecin à expliquer tous les détails de la situation, surtout s’ils sont gênants ou s’il ne se sent pas en sécurité face à eux (par exemple un pronostic sévère ou la nécessité de provoquer de la douleur avec une investigation invasive).

Explicite. Cela s’obtient en adressant des jugements dénigrants aux patients, directement ou indirectement (par l’intermédiaire de collègues ou de membres de leur famille). une forme de violence verbale qui offense, humilie ou culpabilise. Des expressions telles que par exemple non-observance, peu fiable, refuse la chimiothérapie, se néglige, pauvre, témoignent d’une attitude haineuse qui entrave une communication honnête et compromet la relation de confiance.

Existe-t-il des moyens de résoudre ce problème ? S. La première est d’apprendre l’art d’une bonne communication. Puis, utiliser des métaphores qui pointent vers la collaboration, font allusion à un voyage à entreprendre ensemble, recommandent la méditation et la tranquillité de l’âme, récompensent la bonne volonté et renforcent la résilience. Enfin, dis toujours la vérité, même si c’est désagréable: une vérité bien dite est toujours moins nuisible qu’un mensonge, surtout lorsqu’elle est découverte plus tard.

* Sénologue, Docteur en Philosophie

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