Le 5 février est la Journée nationale de prévention du gaspillage alimentaire, qui devrait non seulement nous aider à réduire le gaspillage pendant une journée, mais aussi à trouver des solutions structurelles stables pour le reste de l’année.
Chaque semaine en Italie, chacun de nous jette en moyenne plus d’un demi-kilo de nourriture. On croirait presque que si l’on gaspille autant de nourriture, cela veut dire que nous en avons en abondance, qu’elle n’en manque pas. Mais la moyenne est une donnée récapitulative et, bien que facile à comprendre, elle ne dit pas toute la vérité. Dans notre pays, d’une part, 5 % de la population détient 46 % de la richesse nationale et, d’autre part, environ 6 millions de personnes (9,9 % de la population) ne peuvent pas se permettre un repas protéiné tous les deux jours.
Ce sont les données qui ressortent des rapports publiés par la Banque d’Italie, l’ISTAT et leAtlas de la faim en Italiele document qu’Action contre la Faim a présenté en décembre 2025 à la Chambre des députés.
Cela nous semble-t-il être le bon équilibre d’une société civile ? L’insécurité alimentaire conduit parfois à sauter des repas, mais cela signifie souvent réduire la qualité et la variété de son alimentation : moins de fruits et légumes, moins de protéines, plus d’aliments transformés à haute teneur en sucre et en graisses, car moins chers, plus disponibles et plus valorisés dans les contextes de consommation quotidienne. C’est ainsi qu’est également alimentée la combinaison paradoxale de « pauvreté alimentaire et obésité », observée dans de nombreux pays du monde, dont l’Italie.
La Journée Nationale de Prévention du Gaspillage Alimentaire doit donc sonner une cloche éthique en chacun de nous, nous poussant à réfléchir sur les inégalités et les paradoxes qui marquent notre monde et aussi notre pays. Pouvons-nous permettre que gaspillage, pauvreté alimentaire et mauvaise santé cohabitent ? Quel genre de pays voulons-nous être ?
La loi Gadda de 2016, qui favorise la récupération des excédents et les dons à des fins solidaires, a représenté, de ce point de vue, un moment clé, permettant de réduire le gaspillage et de fournir des aliments essentiels à des centaines de milliers de personnes en situation de vulnérabilité.
Mais nous savons bien que ce n’est pas la solution au problème. Non seulement parce que les excédents sont principalement constitués d’aliments secs et ne parviennent donc pas à garantir la qualité nécessaire de l’alimentation, mais surtout parce que trop souvent l’aide dépend de la chance de trouver les excédents, plutôt que d’être garantie comme un droit. Que se passera-t-il lorsque nous deviendrons si efficaces que nous n’aurons pratiquement plus d’excédents ? Nous devons donc faire un pas de plus : reconnaître l’alimentation comme un droit fondamental et éliminer les causes structurelles du manque d’accès à la nourriture.
Ramona – le nom est fictif – est arrivée en Italie jeune, sans réseau familial derrière elle, elle avait construit sa vie. Puis une séparation et quelques difficultés professionnelles ont tout changé : Ramona a perdu son foyer et sa stabilité. Avec un petit enfant, elle s’est retrouvée à vivre dans une sous-location, comptant chaque euro, chaque dépense, chaque repas. « J’ai mangé des pâtes sèches pendant des mois », raconte-t-il. À cette époque, la nourriture ne représentait pas seulement de la nourriture : elle était devenue pour elle le symbole d’une dignité qui s’estompait peu à peu. Son histoire est le miroir d’un pays qui, comme le souligne l’Atlas de la faim, voit une vulnérabilité alimentaire croissante, en particulier parmi les familles avec enfants mineurs, celles comptant au moins un membre étranger et parmi les familles à faible niveau d’éducation.
La cause est principalement économique : faibles revenus, difficulté à couvrir les dépenses quotidiennes. Le problème clé est donc le travail, qu’il soit précaire, sous-payé ou même inexistant. Ramona a ensuite participé au projet «Plus jamais faim : de l’urgence à l’autonomie » où il a reçu non seulement une aide matérielle, mais aussi un soutien psychologique, une éducation nutritionnelle et surtout une orientation vers le travail. Il a eu la chance de redécouvrir sa passion pour la cuisine, qu’il a ensuite transformée en un emploi stable. Aujourd’hui, il est en CDI.
Son histoire démontre une vérité simple et radicale : la pauvreté alimentaire peut être éradiquée si elle est abordée de manière structurelle et pas seulement comme une urgence. La Journée nationale de prévention du gaspillage alimentaire doit donc non seulement nous aider à réduire le gaspillage pendant une journée, mais aussi à trouver des solutions structurelles stables pour le reste de l’année. Avec un changement qui concerne les choix individuels, mais qui doit nécessairement impliquer la politique et les institutions.
* Directeur général d’Action contre la faim
