Aujourd'hui, tout est laissé à la sensibilité de chacun. Une méthode qui risque d’amplifier les inégalités et produit souvent des conséquences négatives
Le cancer de la prostate est aujourd'hui le cancer le plus diagnostiqué chez les hommes italiens. Chaque année, plus de 41 000 d'entre eux se retrouvent confrontés à cette maladie qui, plus que d'autres, affecte la vie quotidienne, les relations et la sérénité des familles. Des chiffres impressionnants, qui témoignent d’un énorme problème de santé publique. Pourtant, paradoxalement, dans notre pays, le dépistage ne suit pas un modèle organisé. Tout est laissé à la sensibilité de chacun, au choix du patient ou à l'avis du médecin de confiance. Une méthode qui risque d’amplifier les inégalités et produit souvent des conséquences négatives. Le dépistage dit opportuniste entraîne en fait deux distorsions principales : d’une part le recours excessif au test Psa, avec une cascade de biopsies invasives et inutiles ; de l'autre, l'identification de tumeurs à faible risque qui, dans la majorité des cas, ne mettraient pas la vie du patient en danger.
Au lieu de cela, dans beaucoup de ces cas, des traitements invasifs sont instaurés, avec de graves répercussions sur la qualité de vie et des coûts importants pour le Service National de Santé. La proposition de la Société Italienne d'Urologie est d'introduire un dépistage organisé, destiné aux hommes entre 50 et 69 ans, qui suit un parcours défini en trois étapes : le dosage du Psa, une visite urologique et puis, en cas de doute, l'imagerie par résonance magnétique multiparamétrique (IRM-Mp), enfin, seulement en cas d'émergence de lésions suspectes, la biopsie ciblée. Une approche qui réduit le nombre de biopsies inutiles, améliore la précision du diagnostic et évite de transformer les hommes en patients vivant réellement avec des formes indolentes et cliniquement insignifiantes. La population cible en Italie est estimée à 6,2 millions d'hommes, et environ 1,5 million par an pourraient accéder au programme sur une base de quatre ans. Il y aurait certes une augmentation des coûts liés à l’utilisation des IRM, mais elle serait compensée par des économies significatives sur les biopsies inutiles et les traitements inappropriés.
Le budget final représente une charge minime, estimée à 4,1 millions d'euros, mais avec un bénéfice énorme en termes de vies sauvées, de complications évitées et de confiance dans le système de santé. Ce n'est pas seulement une question de chiffres ou d'économie de la santé. C'est avant tout un choix de responsabilité. Cela signifie offrir à tous les hommes italiens, où qu'ils vivent, la même possibilité de diagnostic précoce. Il s’agit de réduire les disparités territoriales et sociales, de donner de l’ordre à un chemin aujourd’hui laissé au hasard et de garantir des traitements plus justes et plus efficaces. Il suffit de systématiser ce que la science a déjà démontré et ce que l’expérience clinique a confirmé. Le dépistage organisé du cancer de la prostate n'est pas un luxe, mais un investissement indispensable pour l'avenir de la santé des hommes en Italie.
* Président National de la Société Italienne d'Urologie
