La réponse du Dr. Giancarlo Cerveri
Chère Sandy, merci pour cette question car en quelques lignes tu as résumé plusieurs questions essentielles sur lesquelles je vais essayer de réfléchir pour tenter de t’apporter une réponse.
Commencer par l’aripiprazole. C’est un antipsychotique atypique avec un mode d’action spécifique. Il a un effet bloquant sur les récepteurs dopaminergiques mais en même temps maintient également une activité intrinsèque, bref il module l’activité du système dopaminergique sans le bloquer complètement. C’est l’ancêtre d’un groupe de molécules telles que la cariprazine et le brexiprazole qui ont été commercialisées dans les années suivantes. Pour ce mode d’action spécifique, il s’est montré très sûr sur les aspects métaboliques et endocriniens. De plus, il s’est avéré efficace dans le traitement de la schizophrénie et du trouble bipolaire. Dans sa lettre, Sandy parle de « deux crises » qui pourraient être attribuées à l’un de ces troubles.
Elle déclare aller bien depuis 4 ans mais son psychiatre lui a conseillé de continuer la thérapie, les pathologies psychiatriques graves nécessitent des temps de traitement prolongés justement pour éviter les récidives et son cas apparaît emblématique. Une thérapie continue lui permet de retrouver une bonne qualité de vie jusqu’à ce qu’elle décide de devenir enceinte.
Dans de tels cas, il devient donc nécessaire de procéder à une évaluation minutieuse du rapport bénéfice/risque. Le risque de suspendre la thérapie est de se sentir mal à nouveau, de tomber enceinte, une phase de grand stress pour une femme, dans un état de fragilité émotionnelle particulière.
Vivre une récidive d’une pathologie psychiatrique grave est dramatique en soi, mais si cela se produit pendant la grossesse ou immédiatement après l’accouchement, les conséquences deviennent totalement imprévisibles.
Je suis d’accord avec vous sur le fait que sur le web on trouve des informations très contradictoires sur l’usage des médicaments pendant la grossesse. Il faut, pour trouver des réponses valables, connaître les sources. La littérature scientifique sur ce sujet a fourni de nombreuses indications. Bien qu’il ne puisse y avoir aucune étude clinique chez les femmes enceintes pour mesurer l’innocuité d’un médicament, il existe de nombreuses données provenant de femmes qui sont tombées enceintes pendant qu’elles recevaient de l’aripiprazole.
Dans une revue de 2018 menée par un groupe de recherche de l’Université de Sienne et publiée dans une importante revue internationale, les données de plus de 500 recherches antérieures ont été recueillies et analysées (les auteurs concluent l’étude en déclarant que les résultats indiquent que les avantages du traitement à l’aripiprazole pendant la grossesse pour les personnes atteintes de schizophrénie ou de trouble bipolaire l’emportent sur les risques associés.
Il est important de rappeler qu’à ce jour la littérature scientifique ne peut absolument pas exclure les risques associés au traitement pendant la grossesse, elle ne peut qu’affirmer que, avec ce que nous savons maintenant, il n’y a aucune preuve connue de risque.
Ainsi sur le site du National Health System (le service de santé anglais à ce sujet il est rapporté « Il n’y a aucune bonne preuve que la prise d’aripiprazole en début de grossesse affectera votre bébé ».
J’espère vous avoir apporté quelques informations utiles et j’en profite pour vous souhaiter bonne chance dans vos projets de vie.
Cordialement
Dr Giancarlo Cerveri
