Les lymphocytes T des personnes qui dorment au moins 8 heures par nuit ont une action de défense plus efficace que ceux des sujets privés de sommeil.

Est-il vrai que l’insomnie peut affaiblir le système immunitaire ?

Luigi Ferini Strambi, directeur du Centre du Sommeil et professeur titulaire à l’Université Vita – Salute San Raffaele de Milan, répond (ALLER AU FORUM)

La réponse est oui, voyons pourquoi. Diverses recherches ont montré que pendant le sommeil, en particulier pendant le sommeil profond non paradoxal (stade 3), il y a une augmentation des cytokines, de petites molécules protéiques qui comprennent le facteur de nécrose tumorale, les interleukines et l’interféron gamma. Ces cytokines activent les réponses contre les infections, rendant le système immunitaire moins vulnérable.
Mais il existe d’autres acteurs importants, outre les cytokines, qui jouent un rôle fondamental dans la réponse immunitaire : les lymphocytes T qui reconnaissent des antigènes spécifiques après entraînement (immunité adaptative) et les cellules « tueuses naturelles » (NK) qui ne nécessitent pas d’entraînement spécifique pour reconnaître et détruire les cellules cibles (immunité innée). Dans ce cas également, certaines études ont montré que les lymphocytes T des sujets qui dorment au moins 8 heures par nuit ont une action immunitaire plus efficace que les sujets privés de sommeil. Et une seule nuit d’insomnie suffit à compromettre l’action des cellules NK.




















































Sommeil et froid

Il est important de noter que l’activation de la réponse immunitaire détermine à son tour des changements significatifs dans le sommeil, contribuant à l’établissement de la réponse fébrile : ceci est bénéfique pour le patient (sommeil non paradoxal plus profond et donc meilleur fonctionnement du système immunitaire), créant simultanément des conditions plus difficiles pour la survie et la réplication de l’agent pathogène (une augmentation de la température signifie un renforcement de la réponse des lymphocytes T). Une étude américaine portant sur 164 volontaires, âgés de 18 à 55 ans, a démontré la relation entre le sommeil et l’infectivité du virus du rhume : les individus qui avaient dormi moins de 6 heures avant d’être exposés à l’infection étaient quatre fois plus infectés que les sujets ayant dormi au moins 7 heures. Et même les sujets soumis à la vaccination contre la grippe ou l’hépatite B, en cas de réduction partielle du sommeil (environ 4 heures/nuit) les soirs précédant la vaccination, ont montré environ la moitié des anticorps spécifiques après 4 semaines, par rapport à ceux qui avaient dormi normalement.

Maladies auto-immunes

Une étude récente menée en Arabie Saoudite auprès d’une population d’étudiantes a mis en évidence une corrélation significative entre l’insomnie, des niveaux élevés d’anxiété et de faibles niveaux de cellules NK. Une autre étude rétrospective menée sur une cohorte de 351 366 sujets allemands a mis en évidence à quel point l’insomnie est un facteur de risque de plusieurs maladies auto-immunes, comme le lupus érythémateux, la polyarthrite rhumatoïde, le syndrome de Sjögren et la thyroïdite auto-immune. L’hyperactivité du système nerveux autonome sympathique observée dans l’insomnie semble jouer un rôle important dans l’altération de l’immunorégulation.

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