Votre cerveau ne vous trahit pas, mais il fait exactement ce pour quoi il a été « conçu » : donner la priorité aux informations profondément traitées émotionnellement plutôt qu’aux intentions transitoires.
Il arrive que nous nous souvenions parfaitement des paroles d’une chanson qui a servi de bande originale à notre jeunesse, d’une ou plusieurs chansons qui ont peut-être plus de 30 ans, et il arrive aussi que nous ne nous souvenions pas de la raison pour laquelle nous sommes entrés dans une certaine pièce ou de l’endroit où nous avons mis nos clés ou garé notre voiture quelques heures auparavant.
Cela signifie-t-il que notre mémoire fonctionne ou ne fonctionne pas ?
Réponse rapide : ça marche ; réponse complexe : il existe différents types de mémoire. Dans le cas décrit, la mémoire à long terme et la mémoire de travail entrent en jeu.
Mémoire à long terme
La mémorisation des paroles des chansons est basée sur la mémoire à long terme, qui est comme une immense archive numérique où les données sont enregistrées dans différents dossiers pour être retrouvées même des années plus tard.
Les réseaux qui stockent ces informations sont répartis dans diverses zones du cerveau : les zones du langage dans les lobes temporaux, le cortex auditif, les régions motrices impliquées dans la production de la parole et les circuits émotionnels du cerveau qui aident à qualifier les expériences de significatives.
Contrairement à la mémoire à court terme, qui est volatile et limitée, la mémoire à long terme nécessite un processus de consolidation pour fixer les souvenirs de manière stable dans le cortex cérébral.
Le pouvoir de la musique
La musique (en particulier la musique aimée) est particulièrement adaptée à la mémorisation dans le temps : elle implique le rythme, le langage, le mouvement et les émotions et cette multiplicité renforce le codage. La rime et le rythme créent des modèles prévisibles. La prévisibilité favorise la mémorisation (car le cerveau anticipe constamment ce qui va arriver). Et les émotions jouent également un rôle : si une chanson est liée à des événements marquants de la vie, elle s’installera encore plus dans la conscience.
Ainsi, chaque fois qu’une chanson était chantée dans le passé, les connexions synaptiques impliquées dans le processus de mémorisation étaient renforcées. Au fil du temps, le chemin est devenu efficace et stable, la reprise future étant presque automatique.
La force de la mémoire à long terme dépend moins de l’âge que de la profondeur de l’encodage, et peut rester relativement préservée plus longtemps après la détérioration d’autres formes de mémoire.
Mémoire de travail
Un texte répété des centaines de fois à l’adolescence peut donc être neurologiquement « plus fort » qu’une seule intention formulée ne serait-ce que cinq secondes plus tôt.
L’intention fait en fait partie de ce qu’on appelle la mémoire de travail. La mémoire de travail est fragile. Il ne peut conserver qu’une petite quantité d’informations pendant une courte période (pensez à 4 à 7 éléments) et est très sensible aux distractions.
Les psychologues ont décrit ce qu’on appelle « l’effet porte » : lorsqu’on passe d’un espace physique à un autre, le cerveau met à jour le contexte et l’intention formulée dans la pièce précédente (récupérer les clés, trouver l’horloge) peut s’affaiblir. Il ne s’agit pas d’inefficacité, mais de stratégie organisationnelle.
La surcharge
La mémoire de travail est comme un entonnoir : si vous essayez d’y verser un seau d’eau d’un seul coup, elle déborde, donc ce qui ressemble à une « fuite de mémoire » est souvent une surcharge.
Les environnements modernes sont saturés d’interruptions : notifications, pensées internes, demandes contradictoires. La mémoire de travail n’a jamais été conçue pour résister à ce niveau d’interférence. De plus, la vitesse de traitement a tendance à ralentir légèrement avec l’âge et la mémoire de travail devient plus vulnérable, et le multitâche plus difficile.
Comment améliorer
Il existe d’innombrables « astuces » pour renforcer la mémoire de travail, en gardant à l’esprit que le cerveau ne fait pas deux choses complexes ensemble et passe rapidement de l’une à l’autre. Ce saut consomme de l’énergie et vide continuellement la mémoire de travail.
La meilleure alternative est donc la concentration : désactivez les notifications et concentrez-vous sur une seule tâche par blocs de 25 à 30 minutes. Réduisez les informations infimes à des unités plus grandes (regroupez des concepts similaires ou créez des acronymes).
Associez les données à retenir aux images : nous avons un canal pour les mots et un pour les images, si vous utilisez les deux en même temps, vous répartissez la charge.
Notez tout sur papier ou sur une application.
Et ne vous inquiétez pas, ce n’est probablement pas votre mémoire qui vous échappe, vous êtes simplement trop distrait ou stressé.
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