Dans le monde, 57 millions de personnes en souffrent. Activité physique, arrêt du tabac, réduction de la consommation nocive d’alcool, alimentation saine et contrôle des facteurs cardiovasculaires et métaboliques. Les nouvelles lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé indiquent sur quels facteurs modifiables intervenir

En 2021, environ 57 millions de personnes dans le monde vivaient avec la démence, et plus de 60 % résidaient dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Ce nombre est voué à augmenter et, souligne l’Organisation mondiale de la santé dans la deuxième édition des Lignes directrices pour réduire le risque de déclin cognitif et de démence, il n’existe pas encore de remède ou de traitement capable de modifier la maladie qui soit largement accessible. Pour cette raison, la prévention tout au long de la vie reste la stratégie la plus efficace pour réduire l’incidence future. Le point de départ est que le risque s’accroît avec le temps : l’exposition à différents facteurs peut s’accumuler et certains peuvent avoir un poids plus important dans certaines phases de l’existence. De plus, tout ne dépend pas de choix individuels. Les conditions dans lesquelles nous naissons, grandissons, vivons, travaillons et vieillissons influencent la santé cérébrale. Les nouvelles indications, qui mettent à jour celles publiées en 2019, s’adressent aux adultes sans démence, y compris les personnes ayant des fonctions cognitives normales et celles présentant des troubles cognitifs légers. L’OMS organise ses interventions dans trois grands domaines : promotion de comportements et de modes de vie sains, gestion des problèmes de santé associés à un risque accru et réduction des facteurs environnementaux. Le principe est d’intégrer la prévention de la démence à celle des autres maladies non transmissibles, car de nombreux facteurs de risque sont partagés.

Qu’est-ce que la démence

Démence il s’agit d’une maladie causée par des maladies cérébrales et qui altère la mémoire, la réflexion et la capacité d’effectuer les activités quotidiennes. Dans le monde, plus de 57 millions de personnes souffrent de démence et près de 10 millions de nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. La maladie d’Alzheimer est la forme de démence la plus courante et on estime qu’elle représente 60 à 70 % des cas. Bien qu’il n’existe aucun remède contre la démence, jusqu’à 45 % du risque peut être attribué à des facteurs de risque modifiables, tels que le tabac, la consommation d’alcool, l’isolement social, l’inactivité physique, la pollution de l’air et les maladies non transmissibles, notamment l’hypertension artérielle et le diabète. Outre la santé, la démence affecte l’autonomie, la dignité et la sécurité d’une personne.
« Aujourd’hui, nous savons plus que jamais quels facteurs contribuent au risque de démence et ces lignes directrices transforment ces connaissances en actions concrètes », souligne Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS. « Les pays disposent désormais de recommandations claires et fondées sur des données probantes qu’ils peuvent immédiatement mettre en œuvre pour protéger la santé cognitive des populations. »
Les nouvelles lignes directrices de l’OMS reflètent les dernières preuves et innovations en matière de réduction du risque de démence et mettent en avant des interventions éprouvées qui peuvent contribuer à réduire le risque grâce à une sensibilisation précoce et à une action rapide. Ils représentent une opportunité importante de réduire le fardeau de la démence dans les décennies à venir grâce à une meilleure intégration des services pour les maladies non transmissibles, la santé mentale et la santé cérébrale.




















































Le coût humain et économique

La démence altère la capacité d’une personne à vivre de manière indépendante, à travailler et à mener à bien ses activités quotidiennes, tout en imposant un fardeau considérable aux familles et aux soignants. Cela entraîne également d’énormes pertes économiques : on estime que cela coûterait à l’économie mondiale 1 300 milliards de dollars par an. Environ la moitié de ce coût est due aux soins non rémunérés fournis par la famille et les amis.
Comprendre les facteurs de risque et prendre des mesures pour prévenir la démence peuvent améliorer la santé et la qualité de vie, aidant ainsi les gens à vivre plus longtemps, en meilleure santé et avec une plus grande indépendance.

Bougez, ne fumez pas et réduisez la consommation nocive d’alcool

L’activité physique est l’une des indications les plus claires. Pour les adultes ayant des capacités cognitives normales, l’OMS formule une recommandation forte, étayée par des preuves modérées, en faveur de l’exercice afin de réduire spécifiquement le risque de déclin cognitif. Chez les personnes présentant une déficience cognitive légère, la recommandation est toutefois conditionnelle et le niveau de confiance des preuves est faible. Le cadre général reste celui de promouvoir le mouvement à tous les âges et pour toutes les capacités, incluant l’activité aérobique, le renforcement musculaire et la réduction de la sédentarité. Les directives concernant le tabac sont tout aussi claires : son usage doit être complètement évité et les fumeurs doivent se voir proposer des interventions de sevrage comportementales et pharmacologiques fondées sur des données probantes. Pour réduire le risque de déclin cognitif et de démence, proposer des interventions de sevrage tabagique est une recommandation forte, même si la certitude des preuves spécifiques est faible. Concernant l’alcool, l’OMS précise qu’en raison de ses propriétés psychoactives, toxiques et addictives, il ne doit être recommandé en aucune quantité pour obtenir des bienfaits pour la santé. Les personnes consommant une consommation d’alcool dangereuse ou nocive, y compris celles souffrant de dépendance, peuvent se voir proposer des interventions pour la réduire ou l’arrêter : la recommandation spécifique concernant le risque cognitif est conditionnelle, avec une certitude modérée en matière de preuves.

Le modèle alimentaire compte, pas le « raccourci » des suppléments

Une alimentation saine et équilibrée doit être recommandée à tous les adultes. Pour les personnes ayant des capacités cognitives normales ou des troubles cognitifs légers, un régime alimentaire sain et équilibré peut également être recommandé dans le but spécifique de réduire le risque de déclin cognitif et de démence : il s’agit d’une recommandation conditionnelle, étayée par une certitude modérée. Les lignes directrices mettent toutefois en garde contre l’idée selon laquelle la prévention pourrait simplement être confiée à une pilule. Chez les personnes ne présentant pas de carences vitaminiques connues, l’OMS maintient une recommandation contre l’utilisation de suppléments de vitamines B et E, d’acides gras polyinsaturés oméga-3 et de suppléments multi-composants dans le but spécifique de réduire le risque de déclin cognitif ou de démence. Le message est donc d’intervenir sur le comportement alimentaire global et, si nécessaire, sur le poids. La prise en charge de l’obésité doit être proposée aux adultes qui en souffrent selon les indications générales de l’OMS. Pour la prévention cognitive, des interventions visant à réduire le surpoids ou l’obésité à la quarantaine et des interventions de restriction alimentaire chez les personnes en surpoids ou obèses peuvent être proposées, mais les recommandations restent conditionnelles et la certitude des preuves est jugée faible à modérée.

Tension artérielle, diabète et cholestérol

Un élément central des nouvelles lignes directrices concerne les facteurs cardiovasculaires et métaboliques. Le diabète, l’hypertension et les dyslipidémies doivent d’abord être identifiés et traités pour les bénéfices déjà connus sur la santé générale. Au niveau spécifique de la prévention cognitive, la prise en charge du diabète peut être proposée aux adultes qui en souffrent, même si la certitude des preuves sur le risque de déclin cognitif ou de démence est très faible. L’OMS insiste avant tout sur une approche intégrée : lutter contre l’hypertension ainsi que d’autres facteurs de risque, tels que le diabète et l’obésité, peut être plus durable et bénéfique pour la santé cérébrale et cardiaque. Pour la tension artérielle, l’importance d’un diagnostic et d’une intervention précoces à l’âge mûr est soulignée, tandis que chez les personnes âgées, les objectifs doivent être individualisés, en tenant compte de la capacité fonctionnelle, des symptômes d’hypotension orthostatique et des antécédents cardiovasculaires. La dyslipidémie devrait également faire partie des stratégies de prévention cardiovasculaire à l’âge mûr. Les statines, précise le document, ne doivent pas être débutées chez les personnes âgées dans le seul but de prévenir la démence, mais doivent être utilisées lorsqu’elles sont indiquées pour des raisons cardiovasculaires. Régime pauvre en graisses saturées, activité physique et réduction de poids restent des éléments essentiels du contrôle du cholestérol.

Entraînez votre esprit et cultivez les relations, sans trop promettre

La nouvelle édition élargit l’espace dédié à l’activité cognitive et sociale, tout en gardant une prudence particulière sur la solidité des preuves. Un entraînement cognitif, c’est-à-dire des exercices ciblés et répétitifs conçus pour stimuler des fonctions cognitives spécifiques, peut être proposé aux personnes âgées ayant des capacités cognitives normales ou des troubles cognitifs légers : la recommandation est conditionnelle et le niveau de confiance des preuves est faible. L’OMS introduit également une nouvelle recommandation sur la stimulation cognitive, qui inclut des activités structurées, y compris en groupe, mais aussi des activités quotidiennes telles que lire, raconter des histoires et jouer : elle peut être encouragée, même si la certitude des preuves est très faible. La même prudence concerne les interventions d’activités sociales, qui peuvent être recommandées aux adultes ayant des capacités cognitives normales ou des troubles cognitifs légers, mais sur la base de preuves jugées très incertaines. Cela ne veut pas dire que l’apprentissage et la participation sociale ne sont pas pertinents. Au lieu de cela, l’OMS soutient l’accès tout au long de la vie à une éducation de qualité, à des environnements cognitifs stimulants et à une participation sociale, liée plus généralement à la santé et au bien-être. Cependant, cela implique de faire une distinction précise entre ce qui est sain au sens global et ce qui a déjà été démontré avec une grande certitude comme intervention spécifique contre la démence.

Une prévention plus large : de la perte auditive à la pollution

Le changement le plus évident par rapport à 2019 est l’élargissement de la cartographie des risques considérés. Les lignes directrices incluent désormais, en plus des facteurs déjà établis, la gestion de la perte auditive, l’utilisation de l’hormonothérapie dans la ménopause, la dépression, les accidents vasculaires cérébraux, les traumatismes crâniens, les troubles de la vision, le sommeil et le VIH. Un chapitre spécifique est également consacré à la réduction de l’exposition à la pollution atmosphérique, tandis qu’un autre évalue les interventions multidomaines, c’est-à-dire les stratégies qui s’attaquent simultanément à plusieurs facteurs de risque. Cependant, l’OMS prévient que la qualité des preuves n’est pas uniforme et que, pour de nombreuses interventions, les recommandations sont conditionnelles ou que les preuves restent limitées. En outre, les lignes directrices ne remplacent pas les indications cliniques spécifiques pour le traitement de maladies individuelles. L’orientation générale est plutôt celle d’une prévention intégrée et continue, capable d’accompagner les personnes dans les différentes phases de la vie et d’agir simultanément sur la santé cardiovasculaire, métabolique, sensorielle, mentale et environnementale.

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