À la Polyclinique Gemelli, une étude internationale sur une thérapie pour les tumeurs pancréatiques inopérables, avec l’injection percutanée d’un radiopharmaceutique spécial (yttrium-90) directement à l’intérieur de la masse tumorale

Le cancer du pancréas reste l’une des tumeurs les plus difficiles à diagnostiquer à un stade précoce et donc à traiter. Chaque année en Italie, il y a environ 14 000 nouveaux cas et la survie à cinq ans est malheureusement encore faible (environ 8 à 11 %), notamment parce que seuls 10 à 15 % des cas sont opérables une fois découverts. Au moment du diagnostic, un tiers des tumeurs sont localement avancées, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas encore métastasé mais ne permettent pas un accès direct au bloc opératoire. Les patients sont donc soumis à un traitement néoadjuvant (chimiothérapie systémique), dans l’espoir de pouvoir réduire la taille de la tumeur afin de rendre possible son ablation chirurgicale : un résultat qui n’est obtenu que chez un patient sur trois sous chimiothérapie.

Protocole expérimental

Il est nécessaire de mettre en œuvre de nouvelles stratégies et de nouveaux traitements pour améliorer le pronostic de ces patients. «À la Polyclinique Gemelli, nous avons décidé de participer à un protocole expérimental innovant qui utilise un produit radiopharmaceutique, une sorte de « colle radioactive » que le radiologue interventionnel injecte directement dans la tumeur, sans faire de coupures, mais en l’administrant avec une sorte de longue aiguille depuis l’extérieur, à travers la paroi abdominale – explique Giampaolo Tortora, professeur d’oncologie médicale à l’Université Catholique du Sacré-Cœur, directeur du Centre de lutte contre le cancer de la Fondation Policlinico Gemelli et chercheur principal de l’étude -. L’objectif est double : obtenir une réduction significative de la masse tumorale, favorisant un meilleur contrôle local de la maladie et augmenter les chances de survie d’une population de patients pour lesquels les alternatives thérapeutiques sont actuellement limitées. Dix patients seront inscrits.




















































Traitement néoadjuvant

L’essai qui vient de démarrer chez Gemelli est une étude internationale, multicentrique et ouverte dans laquelle YntraDose (c’est le nom du dispositif expérimental) est utilisé comme traitement néoadjuvant, c’est-à-dire avant le traitement chirurgical, en complément de la chimiothérapie standard chez des patients atteints d’un cancer du pancréas localement avancé et inopérable. Il s’agit d’une technologie qui libère un rayonnement ciblé via des microsphères d’yttrium 90, injectées directement dans la tumeur et stabilisées par une matrice adhésive (la « colle » dont tire son nom la société productrice, la start-up italienne BetaGlue Therapeutics). L’yttrium-90 est un radionucléide émetteur de rayonnement bêta, déjà largement utilisé dans le traitement de certaines tumeurs hépatiques. Le nouvel essai lancé chez Gemelli le testera pour la première fois dans les tumeurs pancréatiques. Gemelli est le seul centre italien impliqué dans cet essai international de phase 2, visant à évaluer la sécurité et l’efficacité d’YntraDose.

Médecine nucléaire

«Une dose radioactive d’environ 80 MBq dans seulement 0,25 ml d’YntraDose-90 est chargée dans une seringue contenant une « colle » médicale spéciale – explique Maria Lucia Calcagni, professeure associée d’imagerie diagnostique et de radiothérapie à l’Université catholique du Sacré-Cœur et directrice de l’UOC de médecine nucléaire de la Fondation Policlinico Gemelli -. Cette préparation s’effectue dans le service de Médecine Nucléaire, notamment en radiopharmacie. La seringue, prête à l’emploi, est ensuite transportée sur le site opératoire et utilisée dans les 3 heures suivant sa préparation, pour garantir efficacité et sécurité. »

Procédure mini-invasive

«L’intervention est réalisée sous anesthésie locale, avec une sédation minimale, en insérant le radiopharmaceutique directement à l’intérieur de la tumeur à travers une fine aiguille, guidée par des images radiologiques tomodensitométriques et échographiques – explique Roberto Iezzi, associé de radiologie de l’Université catholique du Sacré-Cœur et directeur de l’UOC de radiologie interventionnelle avancée de la Fondazione Policlinico Gemelli IRCCS -. Cette procédure mini-invasive est réalisée par des radiologues interventionnels, en présence d’anesthésistes dans la chambre, elle est indolore et sans danger pour le patient, elle implique une courte hospitalisation avec une reprise rapide des activités normales ».

Forme avancée de radiothérapie

«L’yttrium-90 permet une irradiation très sélective confinée au volume tumoral, avec une libération localisée d’un rayonnement de haute énergie qui provoque une nécrose, c’est-à-dire la mort des cellules tumorales – poursuit Tortora -. Cette approche minimise l’exposition des tissus sains environnants et réduit les effets secondaires systémiques, représentant ainsi une forme avancée de radiothérapie loco-régionale. Le traitement percutané est associé à la chimiothérapie, dans le but d’améliorer l’efficacité des deux options thérapeutiques. Cet essai représente un exemple concret du transfert de l’innovation technologique vers la pratique clinique, avec le potentiel de redéfinir l’approche thérapeutique des tumeurs pancréatiques avancées.

Approche multidisciplinaire

L’étude recrute activement et implique plusieurs centres européens, notamment des installations en Belgique et au Royaume-Uni. Le protocole utilise une approche multidisciplinaire intégrant les compétences en oncologie, radiologie interventionnelle et médecine nucléaire.

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