Le cas de Lindsay Clancy ravive l’attention sur la santé mentale après l’accouchement. La dépression post-partum et la psychose sont des affections différentes : quelle est leur ampleur, quels signes reconnaître et quels sont les options de traitement et le rôle des partenaires et des membres de la famille aujourd’hui.

Le procès de Lindsay Clancy, la femme du Massachusetts accusée du meurtre de ses trois enfants en janvier 2023, a remis sur le devant de la scène un sujet encore trop peu abordé : la santé mentale d’une femme pendant la grossesse et après l’accouchement. Clancy ne conteste pas le fait qu’il ait tué les enfants ; sa défense soutient cependant qu’au moment des faits elle souffrait d’une grave maladie mentale, notamment de psychose post-partum, et que pour cette raison elle n’était pas pénalement responsable de ses actes. L’accusation soutient plutôt une reconstruction différente. Pour l’instant, le processus n’est pas encore terminé.

Un problème répandu et sous-estimé

L’affaire a attiré l’attention sur un problème bien plus vaste. Selon l’Istituto Superiore di Sanità (ISS), pendant la période périnatale – grossesse et première année après l’accouchement – les troubles de santé mentale sont loin d’être rares : on estime qu’environ une femme sur cinq peut développer un trouble mental, la dépression et l’anxiété étant parmi les affections les plus fréquentes. L’ISS souligne également l’importance de reconnaître ces troubles à un stade précoce, car une part importante des cas ne sont ni diagnostiqués ni traités.

La dépression post-partum et la psychose post-partum sont différentes

Il est toutefois essentiel de ne pas superposer différentes conditions. La dépression post-partum et la psychose post-partum ne sont pas la même chose : elles présentent des symptômes, une fréquence, une gravité et des méthodes de traitement différents. Le premier est relativement fréquent ; la seconde est rare, mais représente une urgence psychiatrique. Comprendre ces différences est également essentiel pour éviter qu’une maladie courante telle que la dépression soit automatiquement associée aux comportements extrêmes qui peuvent survenir en présence de psychose.

Qu’est-ce que la dépression post-partum

La dépression post-partum est une forme de dépression qui peut apparaître après la naissance, mais aussi pendant la grossesse. Elle est relativement fréquente et peut toucher également les femmes qui ont fortement désiré une grossesse, qui ont eu une gestation sans problèmes particuliers ou qui ont une famille présente et affectueuse. Ce n’est pas une faiblesse personnelle et cela ne veut pas dire que vous n’aimez pas votre enfant ou que vous êtes une mauvaise mère. C’est une condition médicale qui peut être traitée.

Quels sont les symptômes

Les symptômes peuvent inclure une tristesse ou un vide persistant, une perte d’intérêt et de plaisir, des pleurs fréquents, de l’irritabilité, de l’anxiété, une fatigue intense, des difficultés de concentration, des changements dans le sommeil et l’appétit, ainsi que des sentiments de culpabilité, d’inutilité ou d’insuffisance. Certaines femmes peuvent avoir du mal à s’investir émotionnellement dans leur relation avec leur bébé ou douter continuellement de leur capacité à prendre soin de leur bébé.

Les différences entre la dépression post-partum et le baby blues

Il faut distinguer la dépression post-partum du baby blues, très fréquent dans les premiers jours après l’accouchement. Le baby blues peut provoquer des larmoiements, de l’irritabilité et des sautes d’humeur, mais il disparaît généralement de lui-même en une semaine ou deux. Cependant, lorsque les symptômes sont intenses, persistants ou perturbent la vie quotidienne, il est nécessaire de demander une évaluation professionnelle.

Pourquoi la dépression post-partum peut apparaître

La dépression post-partum n’a pas une cause unique. C’est le résultat de l’interaction entre les changements biologiques, la vulnérabilité individuelle, les facteurs psychologiques et les conditions environnementales et sociales. Pendant la grossesse, le corps subit de profondes transformations. Les œstrogènes et la progestérone atteignent des niveaux très élevés et diminuent rapidement après l’accouchement. Le système qui régule la réponse au stress, les différents circuits cérébraux impliqués dans l’humeur et les systèmes neurochimiques qui modulent les émotions, le sommeil et le comportement changent également.
L’un des mécanismes les plus étudiés implique l’allopregnanolone, un neurostéroïde dérivé de la progestérone qui agit sur les récepteurs GABA-A du cerveau. Pendant la grossesse, elle augmente considérablement et après l’accouchement, elle diminue rapidement. Cette observation a contribué au développement de nouveaux traitements, mais cela ne signifie pas que la dépression post-partum est simplement causée par un « crash hormonal ». La plupart des femmes subissent les mêmes changements sans développer de dépression.
Un sommeil insuffisant, le stress, la douleur, des difficultés à allaiter, l’isolement, des épisodes dépressifs ou anxieux antérieurs et un mauvais soutien social peuvent également accroître la vulnérabilité. Il est donc plus correct de le considérer comme une condition multifactorielle dans laquelle le corps, le cerveau et l’expérience s’influencent mutuellement.

Qu’en est-il de la psychose post-partum ?

La psychose post-partum est une maladie beaucoup plus rare que la dépression, mais extrêmement grave. On estime qu’elle touche environ 1 à 2 femmes sur 1 000 naissances. Elle a tendance à apparaître soudainement, souvent dans les premières semaines suivant la naissance.
Le signe distinctif est la possible perte de contact avec la réalité. La femme peut éprouver des hallucinations, des délires, de la paranoïa, une confusion grave, de l’agitation, une insomnie marquée ou un comportement profondément inhabituel. Des symptômes maniaques ou de graves sautes d’humeur peuvent également apparaître. Dans certains cas, la femme ne se rend pas compte qu’elle est malade et ne peut donc pas demander de l’aide de manière indépendante.
C’est la différence fondamentale : dans la dépression post-partum, la femme peut se sentir très mal, mais reste généralement en contact avec la réalité ; dans la psychose post-partum, ce contact peut être sérieusement compromis.
La psychose post-partum est une urgence psychiatrique et nécessite une intervention immédiate. Une hospitalisation et un traitement pharmacologique sont généralement nécessaires, notamment avec des antipsychotiques et, lorsque cela est indiqué, des thymorégulateurs. Cependant, il ne s’agit pas d’un traitement de premier choix pour tous les patients. La rareté de la psychose post-partum ne doit donc pas nous faire sous-estimer sa gravité. Au contraire, son éventuelle apparition soudaine et la perte de contact avec la réalité rendent indispensable une reconnaissance rapide des signes.

Comment ils se reconnaissent

Reconnaître précocement la dépression, c’est prêter attention aux changements qui persistent et compromettent le fonctionnement quotidien : tristesse qui ne disparaît pas, perte d’intérêt, anxiété intense, sentiment de culpabilité, incapacité à ressentir du plaisir, fatigue intense ou difficulté à prendre soin de soi.
Il est également important d’écouter ce que dit la femme. Des phrases telles que « Je n’y arrive pas », « Je suis une mère épouvantable », « J’aimerais disparaître » ou la présence de pensées de mort ne doivent pas être minimisées.
Les pensées suicidaires ou les pensées de faire du mal à vous-même ou à votre enfant nécessitent une intervention médicale urgente. L’apparition d’hallucinations, de délires, d’une confusion grave ou d’une perte de contact avec la réalité est encore plus urgente : dans ces cas, une psychose post-partum doit être suspectée et une assistance doit être recherchée immédiatement.

Comment ils se font face

La dépression post-partum est traitable. Le traitement dépend de la gravité des symptômes et des caractéristiques de la femme. Cela peut inclure une psychothérapie, en particulier une thérapie cognitivo-comportementale ou une psychothérapie interpersonnelle, des antidépresseurs ou une combinaison des deux.
Le choix des médicaments doit être fait par le médecin, en tenant également compte d’éventuelles autres pathologies, des thérapies déjà suivies et, lorsque la femme allaite, de la compatibilité avec l’allaitement. Ces dernières années, des thérapies spécifiques ont également été introduites, agissant sur le système neurostéroïde, élargissant ainsi les possibilités thérapeutiques pour certaines formes de dépression post-partum.
Le sommeil, la nutrition, l’activité physique compatible avec le post-partum et la réduction de l’isolement peuvent également faciliter le rétablissement, mais ne remplacent pas les soins professionnels en cas de dépression cliniquement significative.
La psychose post-partum nécessite cependant une intervention psychiatrique urgente, généralement à l’hôpital. La rapidité est essentielle car perdre le contact avec la réalité peut mettre en danger la femme ou l’enfant.

Le rôle du conjoint et de la famille

Les partenaires et les membres de la famille peuvent jouer un rôle décisif, notamment dans la détection précoce des symptômes. La première chose est d’écouter sans juger et de prendre au sérieux ce que dit la femme.
L’aide la plus efficace est souvent très concrète : s’occuper de la maison, des repas, des courses ou de l’enfant peut réduire la charge physique et mentale et permettre à la maman de récupérer de l’énergie. Votre partenaire peut également vous inciter à consulter un professionnel et vous accompagner aux visites si vous le souhaitez.
En cas de psychose éventuelle, le rôle de la famille devient encore plus important : si la femme semble confuse, a des hallucinations, des délires ou un comportement incompréhensible, il n’est pas nécessaire d’attendre qu’elle reconnaisse le problème par elle-même. Vous devez activer les soins de santé immédiatement. La dépression post-partum et la psychose sont des pathologies différentes, mais elles ont un point commun : elles ne doivent pas être affrontées seules. Reconnaître les signes, vaincre la stigmatisation et accéder rapidement aux soins peuvent faire une différence substantielle pour la santé de la mère et le bien-être de l’enfant et de toute la famille.

*Giancarlo Cerveri, psychiatre, directeur du Département de santé mentale et toxicomanie de l’Asst de Lodi et vice-président de la Société italienne de psychiatrie, a collaboré




















































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