L’exposition promue et réalisée par le Musée Civique de Crema et Cremasco, en collaboration avec le Musée d’Art Oriental – Collection Mazzocchi de Coccaglio et l’Association Culturelle Mnemosyne de Dello, avec le patronage du Forum Culturel Autrichien de Milan, Aldus Club – Association Internationale de Bibliophilie et ALAI – Association des Librairies Anciennes d’Italie, prévue jusqu’au 11 janvier 2026, organisée par Giovanni Biancardi, Edoardo Fontana et Silvia Scaravaggi, est né autour de la collection de la revue «Ver Sacrum», issue de la collection milanaise de Giovanni Biancardi, dont sont exposés les graphismes originaux qui y sont publiés, les pages et les couvertures les plus significatives et emblématiques. En outre, le magazine sera accompagné de livres illustrés et de catalogues d’expositions organisées par la Vereinigung Bildender Künstler Wiener Secession, le nom officiel du mouvement de la Sécession viennoise autrichienne.

C’est sous son égide que le périodique, d’abord mensuel puis bihebdomadaire, voit le jour. À cet ensemble d’œuvres compact, bien qu’hétérogène, sera accompagné de feuilles volantes créées par des membres de la Sécession, par des artistes dits « correspondants », ainsi que de gravures et de dessins de personnalités internationales qui ont été présentés dans les expositions organisées au siège de la Sécession, conçues à cet effet par Joseph Maria Olbrich, et dans d’autres lieux, ou publiées dans la revue.

À Crema seront exposées, entre autres, des œuvres de Gustav Klimt, Koloman Moser, Alfred Roller, Josef Maria Auchentaller, Carl Moll, Adolf Böhm, Ernst Stöhr, Egon Schiele, Alphonse Mucha, Carl Otto Czeschka, Jan Toorop, Max Kurzweil, Emil Orlik, Giovanni Segantini, George Minne, Marcus Behmer, Franz Wacik, Fernand Khnopff, Franz von Stuck, Heinrich Lefler, Armand Rassenfosse, Rudolf Jettmar, Irma von Duczynska, Wilhelm List, Walter Crane, Edmond Aman-Jean, Félix Vallotton, Ferdinand Andri, Frank Brangwyn, Eugène Grasset, Julius Klinger, Friedrich König, Oskar Laske, Anders Zorn, Maximilian Lenz, Marianne Hitschmann-Steinberger, Charles Rennie Mackintosh, Margaret McNair, Jessie King, Józef Mehoffer, Alfredo Müller, Joseph Maria Olbrich, Josef Hoffmann.

Avec eux sont exposés tous les maîtres qui ont inspiré et influencé leur travail, d’Arnold Böcklin à Max Klinger, de James McNeill Whistler à Edward Burne-Jones, de Pierre-Cécile Puvis de Chavannes à Katsushika Hokusai.

«Ver Sacrum» tire son nom d’un rite italique, plus tard en partie absorbé dans les cultes de la Rome antique, basé sur la coutume de retirer du village tous les jeunes nés au printemps, une fois devenus adultes, en offrande à la divinité à qui ils avaient été promis. Pour éviter un événement néfaste avec leur départ – un sacrifice symbolique qui remplaçait le plus tragique de la vie – les élus se sont éloignés du connu pour aller vers l’inconnu, les nouvelles terres où ils s’installeraient. L’événement était enveloppé d’une forte connotation éthique car il permettait à la population de se renouveler et de se mélanger aux autres.

La revue de la Sécession viennoise se proposait donc comme le manifeste d’un départ et en même temps d’un espoir de renaissance et d’émancipation − la devise du Sezessionstil était précisément, sans surprise, «A l’époque son art. L’art a sa liberté». Elle fut l’organisme principal de diffusion à la fois de l’idée qui sous-tend les principes de l’art total, Gesamtkunstwerk, et de promotion des artistes qui l’ont fondé et, peu à peu nombreux, l’ont rejoint, ayant son noyau activateur à Vienne mais s’étendant immédiatement dans tous les pays européens impliqués dans les mouvements modernistes et symbolistes. Il s’est imposé par sa capacité à relire les courants du passé et les traditions archaïques dans une poussée vers la réinterprétation de l’art dit majeur, ainsi que des arts mineurs, placés sur le même plan à l’imitation des Arts and Crafts anglais de William Morris, qui seront germes pour les célèbres Wiener Werkstätte, et des courants préraphaélites… La nouveauté de «Ver Sacrum» doit aussi être interprétée dans son approche typographique qui intègre, et dépasse, le mouvement esthétique anglais pour générer une structure compacte capable de mélanger de manière cohérente l’architecture de la page, les textes et enfin le dispositif illustratif, valorisant le style et la poétique des différents artistes – dont l’importance est évidente – tout en maintenant le principe substantiel de préférer la mise en scène au talent des acteurs individuels. Comme dans la nouvelle architecture d’Olbrich, la décoration – la comparaison entre décoration et illustration avait déjà été un point saillant dans la discussion autour du symbolisme – devient structurelle, la page de «Ver Sacrum» semble précisément s’appuyer sur cet ornement qui devient l’objet même de la recherche graphique. La page du magazine utilise tantôt la pureté des fonds vides et ascétiques, tantôt elle s’élève sur des lettrines, sur des cadres, peuplés de décorations japonaises, de formes qui semblent germer de la nature ou réinterpréter la tradition de l’art populaire, redécouverte des bijoux égyptiens, des vases. Hellénistique et les géométries simples de la peinture romaine.

La découverte du graphisme et de l’artisanat japonais a été déterminante, capable de condenser synthèse et perfection esthétique depuis les formes les plus simples des objets du quotidien jusqu’à la gravure sur bois polychrome : pour souligner ce lien fort, l’exposition présentera des laques, des meubles, des volumes et des gravures libres provenant de collections privées et, surtout, de l’important patrimoine appartenant au Musée d’Art Oriental – Collection Mazzocchi de Coccaglio.

Sans oublier la dérivation de la recherche de normalité du goût Biedermeier et de la solidité métaphysique de la culture austro-hongroise, «Ver Sacrum» est adouci d’influences néo-byzantines, tirées des mosaïques de Ravenne qui fascinaient Gustav Klimt, s’enrichit de la relecture du mythe par Arnold Böcklin, du mysticisme solitaire des figures féminines et des montagnes de Giovanni Segantini, de la révision de la Méditerranée par Klinger.

Rien de mieux que de feuilleter les pages de la revue pour comprendre l’impact qu’a eu la Sécession sur l’art contemporain : à un noyau primitif d’artistes viennois et d’Europe centrale se sont progressivement ajoutés de nombreuses personnalités de pays, de cultures et de courants très différents, réunies uniquement par la volonté de proposer un art nouveau qui ne reniait pas pour autant la tradition, mais qui en profitait à travers la formulation d’une avant-garde modérée.

Le magazine, à forte connotation littéraire, n’oublie pas les arts du spectacle : Vienne fin de siècle est un kaléidoscope continu, une représentation éternelle. Dans cette brillante réinterprétation que propose la Sécession, le théâtre a un rôle important : un contexte qui met à mal les conventions bourgeoises, mais aussi un lieu d’expérimentation des formes. Les artistes de «Ver Sacrum» ils travaillent pour des spectacles, des cabarets, des bals masqués, s’inspirent du Burgtheater et des chanteurs, dessinent des affiches et conçoivent des salles et des scènes, créant un univers complexe de signes.

La Sécession viennoise, et par conséquent «Ver Sacrum», sont l’élément agrégateur capable de démolir non seulement la différence entre les arts majeurs et mineurs, mais aussi les préjugés, les différences sociales et la distance entre les courants artistiques. Il n’est pas difficile de comprendre comment la revue, initialement clairement influencée par un Art nouveau tardif, a rassemblé, comme une avalanche qui submerge tout, le symbolisme belge, le divisionnisme à la Segantini, le décorativisme japonais, l’impressionnisme, le préraphaélitisme anglais tardif et enfin le modernisme écossais disruptif de l’école de Glasgow.

Cette fuite vers le futur – qui n’ignore pas la valeur fondatrice de l’Europe centrale et de la culture slave naissante ni n’oublie l’apport des formes méditerranéennes souvent présentes dans les dessins et projets des architectes et designers impliqués dans l’équipe éditoriale – a fait «Ver Sacrum» le périodique le plus influent, du point de vue visuel, de son époque, se révélant être un exemple à copier également dans d’autres contextes − rappelez-vous seulement « L’Eroica » et « Novissima » pour l’Italie −, et un point de départ, de nombreuses années plus tard, pour le néerlandais « Wendingen » et pour la revue rationaliste « Campo Grafico ».

Carlo Franza

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