2525 novembre
Cinq ans sans Maradona : le temps s’est arrêté
Cinq ans, le temps passe vite. Il vole et emporte des souvenirs, pas tous. Ceux qui restent, le temps les « accommode », les « apprivoise », leur enlève leurs aspérités et les enveloppe de cette douce mélancolie qui accompagne la vie au fil de son passage. Tout coule et une période de cinq ans ne semble rien. Il semble que Maradona soit parti hier, mais en réalité il n’est jamais parti car il reste. Et il est resté. e Alors ce soir, à San Paolo de Naples, les hommes d’Antonio Conte entreront sur le terrain et ils le sentiront un peu à leurs côtés, ce qui ne sera pas comme l’avoir sur le terrain car, malheureusement, nous ne reverrons plus jamais quelqu’un comme lui sur le terrain. Il semble que c’était hier que le Pibe de Oro a dit au revoir à tout le monde et est parti, toujours aussi insaisissable dans ses dribbles. Vous regardez Naples ou Buenos Aires, vous regardez le monde entier et vous comprenez que le reste ne compte pour rien. Diego Armando Maradona est éternel. Ses pièces de théâtre, ses buts, son Naples absurde et angoissant, Fidel, le tatouage du Che, l’alcool, la cocaïne, ses enfants oubliés puis redécouverts, les démons qu’il portait en lui, sa folle tentative de dribbler même la vie au point qu’il semblait immortel.
Vous ne pouvez même pas essayer de faire la différence. L’homme, l’athlète, ce qu’il a fait sur le terrain et ce qu’il a fait dans la vie : à quoi bon distinguer ? Diego Armando Maradona n’en est qu’un et c’est ce qui restera de lui. Un « Dieu sale », très proche du peuple et consigné dans l’histoire par le peuple, par son peuple. Un artiste inaccessible qui, comme l’avait écrit Vittorio Sgarbi, vaut un Caravage dont la vie ne peut être jugée qui est déjà une légende et va donc au-delà du Bien et du Mal. Ce qui reste de Maradona, c’est ce que vous voyez à la télévision, dans les journaux, en ligne, partout. Un hommage infini et spontané de la part du peuple qui, grâce à lui, a trouvé la joie, la rédemption et la dignité, qui s’est toujours senti à leurs côtés sans moraliser et sans juger sa vie, ses erreurs, sa damnation.
Un hommage émouvant qui va au-delà des championnats dont les signes subsistent encore dans le quartier espagnol de Naples ou de ce but qui a vengé les Anglais pour leur arrogance aux Malvinas. Le sourire du gamin des rues de Diego, son irrévérence et son foutu désir de vivre resteront à jamais. Restera le regard fier et méprisant dirigé vers ceux qui, en 1990, à l’Olimpico, ont osé siffler l’hymne argentin avant le match qui a vu l’Albicelste contre les Allemands. Ce rêve infini qu’il a donné à Naples restera. Il restera une fresque murale dessinée sur le volet d’un magasin ou on ne sait où. Ce qui reste, c’est son histoire, les souvenirs, les photos, les statues sur les stands, les tee-shirts, les drapeaux, les figurines collées aux vitrines. Des fragments de ce qui était. Cinq ans sans Maradona, le temps passe vite. En fait non. Diego a également réussi à dribbler le temps…
