Une nouvelle étude confirme l’hypothèse selon laquelle confier des souvenirs à la galerie photo endommage la mémoire des événements (ou des informations associées). Et il n’y a pas de bénéfices compensatoires : l’esprit n’est plus efficace pour d’autres tâches
À la fin de l’été, la mémoire de nos téléphones portables se sera enrichie de dizaines, de centaines de nouvelles photos : voyages, couchers de soleil, éclipses, amis et parents en vacances, œuvres de musées.
De nombreux clichés, peut-être presque tous, ne seront plus revus à moins qu’ils n’apparaissent dans les « mémoires » des différents gestionnaires d’images.
Une étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Binghamton, publiée dans la revue Mémoire et cognitionvoulait mieux comprendre si la prise de photos pouvait compromettre la mémoire relative aux occasions ou aux objets photographiés.
Les résultats des sept expériences menées sur 892 participants ont révélé un véritable trouble de la mémoire et ont également clarifié l’explication de son apparition.
L’étude
Lors des tests, les participants devaient observer des images d’œuvres d’art sur leur téléphone : certaines devaient être simplement regardées, tandis que d’autres devaient être « capturées » via des captures d’écran. Ensuite, les sujets ont subi des tests surprises pour évaluer leur mémoire.
Les résultats étaient cohérents : la capture d’écran réduisait considérablement le rappel visuel. Dans l’une des expériences, la précision de la reconnaissance des détails des images capturées est tombée en dessous de 60 %. Dans un autre test, il a été demandé aux participants s’ils se souvenaient d’avoir vu ou photographié l’objet en question : dans ce cas également, ils se souvenaient moins des images dont ils avaient pris une capture d’écran que de celles qu’ils avaient visionnées.
La théorie de la compensation réfutée
Une explication possible de ce phénomène (qui n’est pas observé ici pour la première fois) repose sur le concept de « déchargement cognitif », qui fait référence à la dépendance d’informations sur une mémoire externe.
Il est possible que l’association entre les captures d’écran et le déchargement déclenche une forme de procédure automatique et inconsciente que le cerveau utilise pour stocker des informations pour « plus tard ».
Cette hypothèse s’est toujours accompagnée de la conviction que les coûts sur la mémoire associés au stockage d’informations numériques pourraient être compensés par des bénéfices sur d’autres tâches grâce à la redirection des ressources cognitives.
Cette théorie a été démystifiée : l’esprit ne « s’éclaircit pas ».
Petite attention
La recherche a testé cette hypothèse en analysant quatre avantages compensatoires potentiels, mais les résultats ont été décevants. Les chercheurs ont testé les performances des participants lors d’une tâche mathématique difficile ultérieure et n’ont trouvé aucune différence entre ceux qui avaient seulement regardé les images et ceux qui avaient photographié les objets. Même prendre des photos d’un bloc d’informations n’a pas aidé les participants à mieux s’en souvenir immédiatement après.
Donc, perte de mémoire sans avantages compensatoires. L’explication de ce qui se passe – supposent les scientifiques – réside probablement dans un mécanisme toujours inconscient mais différent qui implique l’attention.
Puisque dans la vie de tous les jours, nous associons la capture d’écran à l’idée d’avoir « sauvé » quelque chose pour l’avenir, dans notre cerveau, la photo agit comme un signal inconscient pour cesser d’y prêter attention. Le cerveau « fait simplement confiance » à l’appareil et arrête de traiter en profondeur les détails visuels et contextuels de l’expérience.
Il y a une solution
Mais le véritable problème réside dans l’accumulation passive. Si nous prenons continuellement des photos et les laissons dans la galerie (où l’utilisateur moyen a stocké environ 2 000 photos) sans jamais les consulter, nous payons un coût en termes de mémoire sans rien obtenir en retour.
La valeur des captures d’écran et des photos en tant que stratégie de mémoire dépend de la manière dont elles sont utilisées. Pour ceux qui prennent intentionnellement quelques captures d’écran et les examinent plus tard, celles-ci peuvent fonctionner comme le font d’autres stratégies de répétition et de révision et constituer un ajout utile à la mémoire.
Si un événement ou une information est vraiment important, nous pouvons alors le traiter activement pour créer une trace forte dans notre esprit, ou nous engager à revoir les images périodiquement, en guise de renforcement.
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