La créativité naît de la collaboration entre deux réseaux cérébraux différents. Le premier génère des idées spontanées, des associations libres et manipule les souvenirs, le second prend le contrôle de la pensée lorsqu’une idée doit être réalisée.
La créativité humaine, encore inégalée par les autres formes d’intelligence, est le fruit d’une extraordinaire collaboration neurobiologique, qui a mis des millions d’années à se développer, tout au long de l’évolution de l’espèce.
Une recherche publiée dans la revue Brain, premier auteur Victor Altmayer, neurologue, actuellement chercheur à l’hôpital La Timone de Marseille, montre que la créativité naît de la collaboration entre deux réseaux cérébraux différents, le Default Mode Network (DMN) et l’Executive Control Network (ECN). Le premier génère des idées spontanées, des associations libres et manipule les souvenirs, le second prend le contrôle de la pensée lorsqu’il est temps de viser la réalisation d’une idée. Une combinaison qui a permis à l’être humain de créer des œuvres d’art et de développer des avancées scientifiques impressionnantes, des théories innovantes et révolutionnaires, mais toujours sous le contrôle d’un filtre rationnel.
«On a émis l’hypothèse que les idées créatives n’émergent pas comme des entités entièrement nouvelles, mais sont le résultat de processus de connexion et de reformulation de connaissances sémantiques déjà existantes», disent les auteurs de la recherche. « Selon la théorie associative de la créativité, les idées créatives naissent d’associations sémantiques lointaines qui sont recombinées de manière originale et significative. »
Le rôle complémentaire des deux réseaux neuronaux dans le développement d’idées innovantes a été mis en évidence par des recherches qui ont étudié leur fonctionnement, pour ainsi dire, de manière négative. Des patients souffrant de démence frontotemporale, une maladie neurodégénérative caractérisée par des changements de comportement et de personnalité, ainsi que des troubles cognitifs et linguistiques, ont été étudiés. Chez ces patients, chez lesquels la créativité est compromise, une perte de spécificité fonctionnelle des deux réseaux sous-jacents à la créativité a été détectée à l’aide d’une technique appelée Analyse du gradient de connectivité fonctionnelle. « Des recherches antérieures avaient émis l’hypothèse que le réseau en mode par défaut était impliqué dans des processus mentaux spontanés », explique Victor Altmayer. «Mais nos recherches montrent désormais comment ce réseau est également impliqué dans les processus intentionnels de production d’associations d’idées. Cela joue probablement un rôle dans la récupération des souvenirs et dans leur intégration. »
La recherche permettra également de mieux cibler l’accompagnement à apporter aux patients souffrant de cette forme de démence, car la créativité ne sert pas seulement à générer de grands travaux et des intuitions scientifiques. C’est aussi une compétence de la vie quotidienne, qui soutient des activités telles que la cuisine, le jardinage, le dessin et la peinture, qui sont importantes pour améliorer la socialisation, vous permettant de participer à des activités communes.
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